Quelques considérations et observations personnelles.
À la sortie de COËTQUIDAN j'ai rejoint mon arme d'origine, le Train, et j'ai choisi de servir au 601° Régiment de Circulation Routière à ACHERN, aux FFA. Ce fut une expérience fondatrice et très formatrice, dont je garde le meilleur souvenir…. Arrivait la perspective d'un temps de commandement de deux années, suivie de la « traversée du désert » avant un commandement du niveau supérieur. Or, je souhaitais conjuguer l'état militaire, l'utilité quotidienne du métier et l'exercice de responsabilités variées : j’ai donc osé le redouté concours de la Gendarmerie (dix à douze élus par an pour l’ensemble des trois Armées)... Je concevais déjà que la peinture bleue adhère fortement sur une bonne couche de peinture « vert armée ».
Dès la sortie de MELUN, j'ai pu multiplier les temps de commandement à satiété, à commencer par trois temps de trois années d'affilée au niveau escadron-compagnie, notamment à la faveur des événements en Nouvelle-Calédonie. Suivirent le CFLG, un groupement de gendarmerie départementale, une école de gendarmerie et, enfin les opérations de la police de l’ONU en Haïti : près de dix-huit années de temps de commandement, dont treize en unité opérationnelle, bien au-delà de mes espérances initiales.
En gendarmerie, les temps de commandement opérationnel sont d’une intensité insoupçonnée. Soumis aux événements et situations généralement inattendus et imprévisibles, on passe sans préavis ni transition de la surveillance générale au maintien de l'ordre, à l'enquête judiciaire, à la réunion en préfecture, à la gestion d'une crise, au traitement d'un accident ou d’une calamité, au voyage officiel, à la recherche du renseignement. Ainsi, le commandement en gendarmerie comporte autant de rattrapage que d’impulsion.
Mon parcours de carrière m’a comblé en expériences originales : séjour aux FFA, mise sur pied du centre de formation linguistique de la gendarmerie, insertion d’une cellule Gendarmerie au sein du COIA/pré-CPCO à l'EMA, installation du poste d'attaché de sécurité intérieure au Qatar. Entre les déplacements de la gendarmerie très mobile et les mutations, j’ai posé ma cantine ou mes meubles un peu partout dans l’hexagone, à Paris, dans les Alpes, en Corse, à la Martinique, en Nouvelle-Calédonie. Avec le Qatar et Haïti, ma fin de carrière m’a aussi conduit dans deux des plus petits pays de la planète, le plus opulent et le plus déshérité. Deux expériences humaine et sociétale édifiantes...
Il se trouve que ma dernière année de service m’a conduit en Haïti où, miraculeusement sorti du tremblement de terre du 12 janvier 2010, il m’a fallu organiser instantanément et pendant plusieurs semaines l’action coordonnée de la police de l’ONU (42 pays contributeurs) et de celle, décimée, du pays hôte ; autour de nous, des dizaines de milliers de victimes et un paysage d’apocalypse. Hélas, nous avons aussi eu à déplorer le décès de deux de nos gendarmes parmi les plus de cent morts de la MINUSTAH. Dans ce chaos, notre contingent de gendarmes et policiers français a été admirable dans l’action pour assister et protéger une population accablée de manière récurrente par des calamités monstrueuses. Cette ultime et terrible expérience en toute fin de carrière escamoterait presque tout ce qui a précédé...
Alors la vie de famille pendant près de trois décennies de gendarmerie ? Rythmée par les appels et rappels inopinés, et contrainte par les exigences de la vie en caserne, le commandant d’unité étant aussi maire du village. La vie du gendarme reste encore austère et exigeante, même si les choses tendent à s’assouplir. Il faut que le sacerdoce demeure...
Ma femme a tôt résolu de me suivre dans toutes mes affectations, au préjudice de son propre parcours professionnel ; infirmière, elle a occupé pas moins de quinze postes différents ! Ses expériences de carrière n’ont rien à envier aux miennes.... Elle a en plus trouvé le temps, le courage et la force de m'offrir trois filles, lesquelles nous ont offert à leur tour un petit-fils et cinq petites-filles... Quel bonheur ! Et ma femme a décidé d’exercer maintenant son temps de commandement à la maison. Elle a l’art et la manière pour me pousser de façon récurrente à exercer mes aptitudes d’OPJ (officiant pelouse et jardin) ...
Et pour boucler... Au tout dernier jour de ma carrière de près de quarante années, j’ai filé à COËT et enfilé une dernière fois la tenue « 21 » pour remettre ses galons d’aspirant... à ma dernière fille, laquelle, alors que j’étais déployé en Haïti, avait eu la bonne idée de s’engager en qualité d’officier juriste. Quelle émotion ! Elle n’a cependant pas choisi de faire carrière longue comme son père, préférant épouser un officier du...Train.
J-C Rathouin